Psychologie et Histoire, 2001, Vol. 2, 205-215.

 

APERCEPTION ET COURS DES REPRESENTATIONS (1880)

D'APRES WILHELM WUNDT (1832-1920)

 

Wundt, W. (1880/1886). Aperception et cours des représentations (chap. XVI). In W. Wundt, Éléments de psychologie physiologique (pp. 247-328). Paris: Alcan.

 

1. - Réaction simple contre les impressions sensorielles.

Parmi les représentations, qui se trouvent dans notre conscience, seulement celles, qui sont situées au point de regard de l'attention, deviennent, à chaque instant, directement accessibles à l'observation interne. Le mouvement de l'attention, qui se porte d'une représentation à une autre représentation, est déterminé, soit par les propriétés internes de la conscience, qui se révèlent dans l'association et la reproduction des représentations, soit par la succession ou alternance extérieure des impressions sensorielles. Deux voies s'ouvrent donc devant l'observateur. L'une de ces voies consiste à embrasser le cours des images fournies par le souvenir; l'autre, à examiner la succession des représentations, qui dépend des impressions sensorielles extérieures. De ces deux voies, la psychologie n'a, jusqu'à présent, pris e n considération, que la première; car, cette science supposait tacitement, que le cours des perceptions sensorielles répète directement et essentiellement, sans le modifier, le cours des impressions extérieures dans le temps. Cependant, il n'en est pas ainsi; la manière, dont le fait externe forme son image dans nos représentations, est plutôt déterminée à la fois par les propriétés de la conscience et de l'attention. Le rapport, qu'affecte la succession des représentations vis à vis de la succession des irritants occasionnels, ne peut être généralement établi, que pour les perceptions, provenant de l'irritation extérieure; tandis qu'en ce qui concerne les (page 248) images du souvenir, tout point d'appui nous fait presque entièrement défaut. D'autre part, ces images de souvenir permettent seules de découvrir les causes émanant du contenu des représentations, qui déterminent la liaison et la succession des représentations dans le temps. Par conséquent, nous devons premièrement étudier les lois générales du cours des représentations, en prenant pour base d'une investigation expérimentale le rapport, que la naissance de ces représentations dans le temps et leur succession ont avec les irritants extérieurs occasionnels. Deuxièmement, dans la chapitre suivant, nous examinerons les lois de la liaison des représentations; l'observation interne de leur cours, affranchi, autant que possible, de l'action des agents extérieurs, sera ici notre guide.

Évidemment nous nous trouvons en présence du cas le plus simple, où une représentation sensorielle extérieure est saisie par l'attention, quand celle-ci attend l'impression, qui doit être élevée au rang de représentation et quand l'impression a une composition simple, lorsque par exemple cette impression est un simple irritant lumineux, sonore ou tactile, de qualité et d'énergie connues. Le temps, qui s'écoule dans ce as entre la perception et l'aperception, nous le nommerons la durée simple de l'aperception. Nous n'avons aucun moyen de le déterminer directement; seulement, certains temps complexes, dont il est l'élément constituant, nous permettent toujours, dans des conditions appropriées, de conclure a posteriori à sa grandeur et à ses modifications. Voici la méthode, qui s'offre d'abord pour le mesurer. A l'aide d'un appareil, servant à la mensuration du temps, on fait exactement marquer par le phénomène extérieur le moment, où l'impression sensorielle a lieu; et l'on enregistre ensuite sur le même appareil le moment, où l'impression est aperçue. Cet espace ou intervalle de temps tout entier a été appelé la temps psychologique par les astronomes observateurs, qui ont été les premiers à s'occuper de lui, à cause de l'influence, qu'il exerce sur les déterminations ou calculs du temps objectif. Comme cette expression est, en partie, employée avec une signification différente, nous lui substituerons celle qui a été proposée par Exner, et nous dirons le temps de réaction. En outre, afin de le séparer des processus plus complexes, que nous étudierons ultérieurement, le temps, découvert dans les conditions les plus simples auparavant énumérées, sera spécialement nommé le temps de la réaction simple. Le processus, qui correspond à ce temps se compose des divers processus suivants: 1 de (page 249) la conduction allant de l'organe sensoriel au cerveau; 2 de l'entrée dans le champ de regard de la conscience ou de la perception; 3 de l'entrée dans le point de regard de l'attention ou de l'aperception; 4 de l'excitation de la volonté, que met en jeu dans l'organe central le mouvement enregistreur; et 5 de la conduction de l'excitation motrice, ainsi enregistrée, jusqu'aux muscles, et de l'accroissement de l'énergie dans ces mêmes organes. Le premier et le dernier de ces processus sont purement physiologiques. Pour chacun d'eux, il s'écoule un temps relativement court, que l'impression emploie à se transmettre aux nerfs périphériques, et un temps, vraisemblablement un peu plus long, que nécessite la conduction dans l'organe central. Mais, les trois processus moyens, la perception, l'aperception et le développement de l'impulsion volontaire, nous les considérerons comme des processus psychophysique, en tant qu'ils ont simultanément un côté psychologique et un côté physiologique. Parmi eux, la perception est, très probablement, immédiatement donnée avec l'excitation des surfaces sensorielles centrales. Tout nous autorise à admettre, qu'une impression, qui agit avec l'énergie suffisante sur les parties centrales, se trouve par ce moyen et déjà d'elle-même dans le champ du regard général de la conscience. Une activité particulière, que nous percevons subjectivement, est indispensable, pour tourner l'attention vers une impression de ce genre. Donc, par le terme de durée de la perception, nous entendons également désigner: 1 le temps physiologique, qu'emploie l'irritation apportée aux organes centraux sensoriels, afin de produire l'excitation; 2 le temps psychologique, coïncidant avec lui et nécessaire à l'élévation de l'impression dans le champ de regard de la conscience. Il en est de même de ce processus, que nous nommerons le temps de la volonté. Ce serait faire une supposition extrêmement invraisemblable, que de croire ce temps de la volonté un acte psychologique spécial, qui devrait s'être déroulé, quand l'excitation motrice doit commencer dans l'organe central. Évidemment, ce qui s'offre à notre observation de soi-même et s'y révèle en qualité d'accroissement de l'impulsion de la volonté, est plutôt une irritation motrice centrale. Le temps de la volonté est donc un espace de temps psychophysique. Et finalement, il résulte de l'étude du chapitre précédent, que l'aperception doit être à son tour un espace de temps psychophysique. Naturellement, il serait intéressant, d'isoler des processus purement physiologiques de la conduction nerveuse périphérique et centrale les trois espaces de temps psychophysique, le temps de la perception, de l'aperception et de la volonté, et de les (page 250) séparer ensuite, autant que possible, les uns des autres. Il semble, que deux voies permettent de tenter cette expérience. On pourrait: 1 après avoir déterminé en particulier les espaces de temps donnés, les défalquer de la durée totale de la réaction; ou bien, 2 introduire des conditions modificatrices, qui exerceraient seulement de l'influence sur certaines parties du processus entier, par exemple simplement sur l'aperception, et conclure de là aux rapports temporels de ce phénomène partiel. Mais ces deux routes ne mènent pas au but. La première pourrait être suivie, afin d'éliminer les espaces de temps purement physiologiques de la conduction nerveuse périphérique et centrale. Cependant, ici, nous nous trouvons déjà en face d'une difficulté: à la vérité, nous arrivons à déterminer exactement la vitesse de la conduction motrice et de la transmission des réflexes; mais, dans les expériences, destinées à découvrir la propagation des excitations dans les voies conductrices sensibles, il faut toujours prendre de nouveau en considération les espaces de temps psychophysique, dont l'élimination ne s'opère pas d'une façon sûre. En outre, la séparation de chacun des trois processus psychophysique les uns des autres est justement celle, qui offre le plus grand intérêt. C'est pourquoi, les résultats, obtenus à l'aide de la seconde voie, en faisant varier les parties psychophysique du processus de réaction, sont plus importants; cependant, il ne s'agit plus ici, en général, d'aperceptions simples, mais de processus complexes. Ainsi, la valeur psychologique de la détermination des temps de réaction simple consiste ordinairement en ce que, lors de l'examen de ces sortes de réactions, qui ont lieu dans des conditions complexes, ces temps sont utilisés, pour éliminer les processus purement physiologiques.

(page 251) Le temps de la réaction simple, entendu au sens ci-dessus, en d'autres termes le temps écoulé entre l'effet d'une impression simple, de composition connue, jusqu'à l'accomplissement d'un mouvement volontaire, mesure en moyenne 1/8-1/5 de seconde, si les irritants ont une énergie modérée. Dans la plupart des observations, les impressions, agissant sur les divers sens, nous révèlent de petites différences; car, le temps est, ordinairement, un peu plus faible pour les irritants cutanés et auditifs, que pour les irritants visuels. Néanmoins, il est probable, que ces différences ne proviennent pas tant de l'organe sensoriel, que de l'espèce et de l'énergie de l'irritation. (...) (page 252) En supposant des conditions égales, autant que possible, pour la durée de la conduction sensorielle et motrice et des conditions permanentes égales de la conscience, le temps de réaction est également grand avec des irritations également perceptibles pour tous les sens. La variation plus considérable des expériences isolées s'explique par la nature oscillatoire des valeurs de seuil, qui rend la détermination incertaine, lors de la mensuration d'intensité de le sensation. Par conséquent, il est probable, qu'aucun de nos sens n'est privilégié, sous le rapport de la vitesse de l'aperception; et les variétés, observées ordinairement, proviennent uniquement de l'intensité variable, avec laquelle les irritants agissent sur la conscience. Cette intensité ne dépend pas simplement de leur énergie objective, mais de la composition des organes sensoriels périphériques, peut-être même centraux, et de l'effet produit, à peu près simultanément, par d'autres irritants.

Si l'on compare le temps de réaction obtenu lors de la valeur de seuil et des impressions énergiques, il est déjà évident, que ce temps doit décroître avec l'énergie croissante de l'irritant. (...)

(page 254) Sans doute, les processus purement physiologiques de conduction contribuent, jusqu'à un certain degré, à la diminution du temps de réaction, si l'irritant est énergique. (...) (page 255) Voilà la seule manière d'expliquer ce phénomène: grâce à la tension de l'attention, qui va au-devant de l'impression attendue, il se développe simultanément une innervation préparatoire des domaines centraux moteurs, qui, à la moindre impulsion, se convertit en excitation réelle. (...)

(page 267) 2. Conditions facilitant, et conditions gênant l'aperception.

La détermination du temps de réaction, dans les conditions les plus simples établies plus haut (p. 248), constitue le point de départ de l'analyse expérimentale du processus d'aperception. Si nous modifions les observations, de telle sorte que des conditions variables apparaissent pour l'aperception des impressions, tandis que les conditions, concernant les autres éléments du temps de réaction, restent constantes, nous serons autorisés à attribuer uniquement aux processus d'aperception les modifications de temps, qui en résultent. Ici, nous énumérerons d'abord une série de conditions modificatrices, que nous (page 268) nommerons, pour abréger, les conditions facilitant, et les conditions gênant l'aperception.

La perception d'une impression est essentiellement facilitée, si cette impression est précédée d'un signal quelconque, qui détermine d'avance le temps de son entrée. Le cas se réalise toujours, quand plusieurs irritants se succèdent à intervalles réguliers, quand par exemple nous percevons avec le sens visuel les mouvements du pendule, ou avec l'oreille les battements du pendule. Chaque battement isolé constitue ici le signal du battement, qui lui succède et au-devant duquel l'attention se porte parfaitement préparée. Il en est de même lorsque nous laissons un signal unique, séparé par un certain intervalle de temps, précéder l'impression, que l'on doit percevoir. Dans ce cas on trouve constamment, que le temps de réaction est notablement raccourci. Cependant, les écarts, existant entre les diverses observations, augmentent tellement, que la variation moyenne peut presque égaler la quotité du temps entier de réaction. J'ai exécuté, d'après le plan ci-dessous décrit, des expériences comparatives sur le temps, qui s'écoule avec signal, et sans signal antérieur. La chute d'une boule sur la planche de l'appareil de Hipp (fig. 175) a servi d'irritant sonore. Dans une série d'expériences, cette boule, tenue entre les doigts, tombait de la hauteur de l'anneau T, destiné à soutenir la boule, et qui était laissé ouvert. Dans la deuxième série d'expériences, l'anneau, qui était fermé, s'ouvrait, quand on pressait un ressort; et alors la boule, reposant sur l'anneau, tombait. Dans le premier cas, aucun signal ne précédait la chute de la boule; dans le second, que faisait le ressort, quand l'anneau s'ouvre, constituait le signal. Lorsque la hauteur de chute restait constante, l'intervalle de temps, existant entre le signal et l'irritant principal, se maintenait donc constant; et, si l'on modifiait la hauteur de chute, cet intervalle de temps était susceptible de varier simultanément. Voici les valeurs moyennes provenant de ces deux séries d'expériences.

Hauteur de Chute

Signal Moyen

Variation moyenne

Nombre d'expériences

25 centimètres non

0.253

0.051

13

25 centimètres oui

0.076

0.060

17

5 centimètres non

0.266

0.036

14

5 centimètres oui

0.175

0.035

17

 

D'après cela, évidemment, le temps de réaction diminue avec l'intervalle, qui croît entre le signal et l'impression principale; et simultanément, la grandeur relative de la variation moyenne augmente. En outre, la répétition plus fréquente des observations exerce une puissante influence sur cette diminution. Dans une longue série d'expériences, le temps se raccourcit toujours de plus en plus, si l'intervalle entre le signal et l'impression reste égal; et dans divers cas, on réussit à abaisser ce temps, à lui faire atteindre une grandeur infiniment petite (de quelques millièmes de seconde) ou absolument zéro, en d'autres termes des grandeurs négatives. Pour cela, il est seulement indispensable, que l'intervalle entre le signal et l'impression ne soit pas trop grand, ni, d'autre part, trop petit. A cause des dimensions bornées de l'appareil de chute de Hipp, qui servait à ces expériences, je n'ai pu établir la limite supérieure. Quand à la limite inférieure, on parvient, si la hauteur de chute est de 20 centimètres, à faire disparaître facilement le temps de réaction; avec le raccourcissement du temps de chute, ceci devient toujours plus difficile; et, si la hauteur de chute est de 5 centimètres, à la vérité, le raccourcissement est encore nettement perceptible; mais, en aucun cas, le temps ne sera plus égal à zéro. Par conséquent, avec un intervalle de 0.04 sec. entre le signal et l'impression, la limite inférieure sera atteinte.

L'unique motif, que l'on peut invoquer en faveur de ce phénomène tout entier, est la tension préparatoire de l'attention. Que celle-ci doive raccourcir le temps de réaction, c'est facile à comprendre; que, selon les circonstances, ce temps soit susceptible de descendre à zéro et de revêtir même des grandeurs négatives, cela paraîtrait surprenant. Néanmoins, ce dernier fait est aisément expliqué par les observations, empruntées aux expériences de simple enregistrement. Lorsqu'on attend une impression, indéterminée au sujet de son temps, la tension croissante de l'attention se révèle, comme nous l'avons déjà remarqué, non-seulement par le sentiment subjectif, mais aussi par ce fait merveilleux, que, quand la tension a atteint son degré le plus élevé, le mouvement préparé n'est plus sous la domination de notre volonté; car, en pareil cas, nous enregistrons une irritation, dont nous reconnaissons immédiatement la différence d'avec l'impression attendue (page 254). Dans les expériences en question, où l'impression est connue d'avance relativement à son temps, évidemment l'attention s'accommode si exactement à l'entrée de l'irritation, que celle-ci est aperçue au moment où elle arrive à la perception, et que l'excitation de la volonté coïncide avec l'aperception. Quand une impression est connue relativement à la qualité et à l'énergie, et non sûrement déterminée au temps de son entrée, l'aperception a encore besoin d'un certain temps. (page 270) Néanmoins, durant ce temps, l'excitation extérieure de la volonté croît suffisamment, pour effectuer l'impulsion motrice presque au même moment, où l'aperception est achevée. Quand l'impression est fixement déterminée relativement au temps de son entrée, la tension préparatoire de l'attention peut tellement s'adapter à l'impression, que le temps de l'aperception est pareillement nul, et que seuls persistent encore les temps, proportionnellement très courts, de la conduction physiologique. Mais, chose étonnante, ces temps peuvent évidemment disparaître dans diverses expériences, puisque l'impression est aperçue beaucoup plus tôt en apparence, qu'elle ne se produit réellement. Ce phénomène reçoit son explication du fait suivant. En général, nous avons une sensation très précise de la simultanéité de deux irritations, dont l'énergie n'est pas très différente. Or, dans une série d'expériences, où le signal précède d'un temps déterminé l'impression principale, on cherche involontairement à faire l'enregistrement non seulement avec la plus grande rapidité possible, mais de façon que le mouvement propre coïncide avec l'impression: on tâche donc, que le son attendu, la sensation d'innervation et la sensation tactile, existant toutes deux lors de l'enregistrement, soient simultanés; et l'expérience montre, que dans divers cas ceci se réalise approximativement. Ainsi, il arrive, que dans ces expériences on a nettement conscience d'entendre à un même moment le son, de réagir contre lui et de sentir l'impression, qui a lieu grâce à cette réaction. Ceci constitue une différence essentielle d'avec les expériences d'enregistrement sans signal, où on sent très souvent, comme actes simultanés, seulement l'aperception et l'impulsion de la volonté; tandis qu'on a nettement conscience, que le mouvement de réaction, émanent de l'impulsion volontaire, se réalise un peu plus tard. C'est pourquoi, ainsi que divers observateurs le constatent dans ce domaine (consulter Exner, Archiv de Pflüger, VII, p. 613), on déclare avec conviction, que l'on a "bien" enregistré dans un cas et "mal" dans un autre; quoique, pourtant, on cherche toujours à exécuter, le plus vite possible, le mouvement, et que très souvent les différences, ainsi senties, soient uniquement des fractions de centième d'une seconde. Dans ce cas, on mesure la précision de l'enregistrement à l'intervalle de temps, existant entre l'impression et la sensation de mouvement. Incidemment, ce phénomène montre combien notre perception peut, dans ces sortes d'expériences, être extraordinairement exacte. (...)

(page 271) Les conditions gênant la perception de l'impression ou la réaction de la volonté peuvent d'abord être données, lorsque l'irritation est laissée indéterminée, non seulement relativement au temps de son entrée, mais même relativement à son énergie. Si, par exemple, on exécute les expériences de son, de façon à produire une alternance continuelle et irrégulière entre des irritants forts et des irritants faibles, si donc l'observateur ne peut jamais attendre sûrement une énergie de son déterminée, le temps de réaction est augmenté pour toutes les énergies de son; de même, la variation de son s'accroît. (...) C'est donc (page 272) un fait général, qu'une irritation, dont l'entrée est à la vérité attendue et au sujet de l'intensité de laquelle une adaptation de l'attention ne peut avoir lieu, requiert un temps plus considérable de réaction. Or, en pareil cas, des modifications de la perception, pas plus que des modifications de la conduction physiologique ne doivent être invoquées; mais, la raison de la différence tient uniquement à ce que, quand une tension précédente de l'attention ne se produit pas, les temps de l'aperception et de la volonté sont toujours plus grands. (...)

(page 273) Bien plus que pour les irritants, dont l'énergie est connue d'avance, le temps de réaction est retardé, quand les impressions sont complètement inattendues. Cette condition se réalise parfois avec les expériences d'enregistrement, quand l'observateur, au lieu de tourner la tension de l'attention vers l'impression attendue, est distrait. On peut provoquer intentionnellement le même résultat, si, dans une longue série d'expériences avec intervalles réguliers des irritations, on rend subitement, à l'insu du sujet observé, l'intervalle beaucoup plus court. (...) Avec les impressions sonores énergiques, le temps de réaction est facilement retardé jusqu'à 1/4 de seconde; et, le plus souvent, jusqu'à 1/2 seconde, avec les impressions sonores faibles (...)

Des complications d'un autre genre apparaissent, si, comme lors des expériences fondamentales (p. 248), qui nous ont servi de point de départ, on enregistre seulement une impression unique, de qualité et d'énergie préalablement connue, et si, en outre, on laisse agir d'autres irritants, qui gênent la tension de l'attention. Dans cette circonstance, constamment le temps de réaction est plus ou moins considérablement prolongé. Le cas le plus simple de cette nature se présente, quand une impression momentanée est enregistrée, tandis qu'un irritant sensoriel permanent, doué d'une énergie importante, exerce son action. (...)

(page 275) En présence de toutes les prolongations du temps de réaction, examinées jusqu'ici, les conditions intimes de l'observation autorisent à croire, qu'il s'agit seulement de prolongations de la durée de l'aperception; tandis qu'il n'existe aucune raison sérieuse, en faveur d'une modification essentielle des autres espaces de temps physiologiques et psychophysique. (...)

3 - Discernement et choix.

En parlant jusqu'ici de la perception des impressions sensorielles d'une composition préalablement connue, nous n'avons étudié, que dans les conditions les plus simples, le processus de l'aperception. Ce processus prend une forme plus complexe, si la perception de l'impression se lie au discernement déterminé de cette impression d'avec d'autres impressions, ou si l'impression possède une composition plus complexe, qui doit être nettement apportée à la conscience. Le cas le plus simple, qui constitue ici la base fondamentale de toutes les activités compliquées de l'aperception, est celui du discernement simple: une impression simple est distinguée de toute autre impression simple. Ce discernement à son tour s'opère dans les conditions les plus simples, quand deux impressions seulement sont possibles; tandis que l'aperception se trouve, déjà, dans une position un peu plus difficile, quand une impression isolée doit être distinguée d'un grand nombre d'impressions.

Pour les observations, concernant le discernement entre deux impressions simples, j'utilisais des impressions lumineuses, qui chaque fois duraient justement, jusqu'à ce que le discernement fût accompli. Les impressions lumineuses étaient le blanc et le noir (un cercle blanc sur fond noir, et un cercle noir sur fond blanc). Elles étaient apportées, avec une alternance irrégulière, sur la paroi postérieure d'une caisse obscure; et l'observateur regardait à travers l'ouverture antérieure de cette caisse. A un moment donné, un tube de Geissler, placé dans la caisse, éclairait l'objet et simultanément le chronoscope était mis en mouvement. Dès que l'observateur avait opéré le discernement, il supprimait, par un mouvement d'enregistrement, l'éclairage de l'objet et simultanément la marche du chronoscope. Chaque série d'expériences sur le discernement des impressions était associée à des observations du temps de réaction simple, et elle y était liée de façon, que constamment quelques expériences de réaction simple commençaient et terminaient une série d'observations, afin d'éliminer le plus possible, de cette manière, l'influence de la fatigue. Ces expériences, je les ai exécutées avec MM. Max Friedrich et Ernest Tischer. (...)

(page 279) Les observations concernant le discernement entre plusieurs impressions simples, s'exécutent d'après la même méthode. Dans ce but, nous avions choisi quatre impressions lumineuses hétérogènes, entre lesquelles alternaient irrégulièrement le noir, le blanc, le rouge, et le vert. (...)

En comparant les temps de discernement (...), on reconnaît que ces temps augmentent avec le nombre croissant des impressions qui sont attendues; et, dans ce cas, la variation moyenne augmente simultanément. (...)

(page 280) Dans les observations, étudiées jusqu'ici (si on les compare aux expériences de réaction simple), seules, les conditions, au milieu desquelles se trouve l'aperception des impressions sensorielles, étaient modifiées; mais, les conditions, desquelles dépend la réaction extérieure de la volonté, restaient les mêmes. Si, dans les dispositions de l'expérience, on introduit des modifications, qui ont pour but de susciter une influence de ce genre, les modifications de l'aperception et de la réaction extérieure de la volonté se présentent les unes à côté des autres. Si on réussit à isoler les dernières et à les déterminer, quant à la durée dans le temps, cet espace de temps psychophysique, que nous nommerons le temps de choix, sera mesuré.

De même que la durée simple de l'aperception, le temps simple de la volonté, en d'autres termes le temps, que l'excitation extérieure de la volonté emploie dans les conditions d'une réaction simple contre les impressions extérieures, de composition connue, se soustrait absolument à notre mensuration. Il est compris dans les processus (page 281) physiologiques et psychophysique qui, ne s'isolant pas l'un de l'autre, composent une réaction simple; d'après les raisons énumérées plus haut, il est vraisemblable que ce temps coïncide très fréquemment avec le temps de l'aperception. Afin de pouvoir mesurer la durée intrinsèque de l'excitation de la volonté, nous devons par conséquent faire intervenir ici des conditions complexes. C'est ce qui arrive, si, au lieu de l'acte simple de la volonté, on permet l'exécution d'un acte de choix. Un pareil acte suppose toujours aussi un acte de discernement: par exemple, on laisse le choix entre le mouvement d'enregistrement de la main droite et de la main gauche, puisqu'on établit, que de deux impressions données, l'une d'elles doit être enregistrée avec la main droite, et l'autre, avec la main gauche. Ces observations diffèrent des expériences de réaction simple, parce que dans ces observations s'ajoutent: 1 le discernement des impressions, et 2 le choix de l'organe destiné au mouvement d'enregistrement de l'impression distinguée. Si on combine les expériences avec celles où l'acte de discernement se joint à la réaction simple, le temps de discernement se laisse éliminer, et le temps de choix, se déterminer par lui-même. (...) (page 288)

4. - Aperception des représentations complexes.

A l'opposé du discernement simple, l'aperception des représentations complexes est un processus plus compliqué, chez lequel non seulement une pluralité d'actes de discernement, mais même une réunion des objets discernés sont nécessaires, pour constituer une représentation unique. Les méthodes, servant à déterminer les temps de discernement, sont immédiatement applicables à la mensuration d'une pareille durée de l'aperception: on laisse l'impression complexe agir, jusqu'à ce qu'elle soit complètement aperçue; la différence de la durée de réaction, ainsi obtenue, et de la durée de réaction déterminée lors d'une impression simple, de composition connue, toutes conditions égales par ailleurs, fournit donc le temps d'aperception des représentations complexes; car, les processus physiologiques et les autres processus psychophysique peuvent, dans les deux cas, être considérés comme concordants. Les expériences de ce genre ont été spécialement pratiquées dans le domaine des représentations visuelles complexes; et seulement, dans une étendue plus restreinte, en ce qui concerne les représentations auditives.

Pour découvrir, de quelle manière augmente avec la composition d'une représentation le temps de son aperception, il est indispensable de choisir ces sortes d'impressions, où l'on peut arriver à produire une augmentation, approximativement régulière, de la composition. Pour les représentations visuelles, les symboles de chiffres seraient ceux qui remplissent le mieux cette condition. Nous avons donc choisi des chiffres imprimés et recherché la durée d'aperception des nombres composés de 1 à 6 chiffres, qui avaient été disposés en quantité tellement considérable, qu'une alternance continuelle pouvait se produire et que l'influence du souvenir de certaines combinaisons restait exclue. De plus, quoique parfaitement nets, les chiffres étaient suffisamment petits, afin que l'influence de la vision indirecte et des mouvements de l'oeil fût supprimée. le nombre de 6 chiffres avait une longueur de 23 mm : or, le point de fixation se trouvant au milieu, le point rétinien le plus extrême, employé à la vision, était, lors de l'amplitude visuelle utilisée, à environ 233', sur les parties latérales de la rétine. En faisant les expériences avec l'éclairage momentané, on est aisément convaincu, qu'un pareil nombre est susceptible d'être encore nettement aperçu, sans mouvement de l'oeil. D'ailleurs, les expériences ont été pratiquées absolument de la même manière, que pour la détermination des temps de discernement (...) D'après les résultats obtenus, la durée de l'aperception ne s'accroît nullement (page 290) d'une manière proportionnelle à la composition des représentations, et elle ne diffère, que très légèrement, quand une représentation est relativement simple ou est formée de très peu d'éléments constituants ; c'est pourquoi, toujours cette durée augmente davantage, en raison de la composition croissante des représentations. Chez la plupart des observateurs, les temps sont légèrement différents, pour les nombres de 1, de 2 et de 3 chiffres ; mais ils augmentent notablement pour les nombres de 4 à 6 chiffres. On constate ainsi subjectivement, que le nombre de 3 chiffres est encore perçu, comme une image, momentanée en apparence ; tandis que ceux de 4 à 6 chiffres se divisent d'abord en deux moitiés, que l'on combine ensuite.

Les différences individuelles sont très importantes, quand il s'agit de l'aperception de représentations complexes. Ici, elles dépendraient, en majeure partie, de ce que l'on s'est plus particulièrement occupé de travailler dans un domaine déterminé de représentations ; elles auraient donc pour cause l'exercice. (...)

Pour déterminer la durée d'aperception des représentations visuelles complexes, Baxt a employé une méthode différente des procédés d'investigation qui ont été utilisés précédemment (Archiv de Pflüger, IV, p. 325). Cette méthode est basée sur ce fait, qu'un objet visuel doit, pour être aperçu, agir sur l'oeil d'autant plus longtemps, qu'il est plus complexe. Sans doute, nous pouvons, même lors de l'apparition momentanée de l'étincelle électrique, ressentir une impression complexe ; mais, dans ce cas, il faut prendre essentiellement en considération l'effet consécutif de l'irritant, effet qui dure très longtemps pour l'oeil. Baxt a cherché à éliminer, en quelque sorte, cet effet consécutif ; car, il faisait suivre l'impression à percevoir, d'une autre impression, qui, en éteignant la première, coupait en même temps son effet consécutif physiologique. Comme, dans cette circonstance, le temps, compris entre l'impression principale et le second irritant extincteur, était varié de bien des manières, on parvenait par des tâtonnements à déterminer ce temps intermédiaire des deux irritants, où une perception est encore susceptible de se produire. Même, si la complication de l'impression reste égale, le temps, ainsi mesuré, est notablement différent, puisqu'il s'accroît de 1/40 à 1/18 sec. avec l'intensité de l'irritant extincteur. On conclut de là, que l'irritant, venu en second lieu, ne supprime pas complètement le développement de la représentation, mais que celle-ci triomphe d'autant plus aisément de l'irritant, que ce dernier est plus faible. Pour ce motif, les espaces de temps, observés par Baxt, ne nous renseignent nullement sur le temps réel de l'aperception. En effet, nous avons vu, que ce temps est, pour les nombres de 1 et 2 chiffres, notablement plus grand, que 1/18 sec. D'ailleurs, les temps, remarqués par Baxt, croissent considérablement avec la complication de l'impression. Quand, par exemple, des courbes simples et des courbes complexes étaient utilisées, en qualité d'objets, les temps employés se comportaient comme 1 : 5. Également, l'extension de l'impression exerçait son influence : par exemple, de gros caractères (de lettres) étaient lus dans une durée de temps, où de petits caractères ne furent pas même reconnus, comme lettres ; probablement, ceci dépend de l'accommodation de l'oeil, puisque de petits objets exigent, pour être reconnus, une accommodation plus précise, que de grands objets. Enfin, le contraste avec les autres impressions, situées dans le champ de regard, exerce une certaine action ; car, le temps est d'autant plus court, que plus grande est la différence d'éclairage, existant entre l'objet à percevoir et son entourage.

5. - Aperception de séries de représentations

Les conditions de l'aperception se compliquent et présentent une forme nouvelle, quand une série, constituée par des impressions qui se succèdent, et nécessitant une série correspondante d'aperceptions successives, est donnée. D'abord, dans ce cas, pour qu'une perception séparée des diverses impressions soit possible, des conditions déterminées, concernant la durée et le cours de l'irritation sensorielle et dépendant, en majeure partie, des organes sensoriels, doivent être remplies. Ces conditions consistent en ce que : 1 à chaque impression soit accordé un certain temps, durant lequel elle agira, et 2 que les impressions soient séparées par des intervalles, suffisamment grands.

La durée de l'impression, durée qui est indispensable pour la perception, n'a été calculée avec quelque précision, que pour les irritants sonores et les irritants lumineux. Lors du bruit crépitant de l'étincelle électrique, cette durée est infiniment petite ; elle est notablement plus longue avec les sons réguliers, où environ 10 vibrations semblent nécessaires, pour qu'une sensation de ton prenne naissance, et où 8 à 10 autres vibrations permettent d'opérer une détermination de la hauteur de son. Il résulte de là, qu'avec la hauteur croissante de ton, cette durée minimum de l'impression diminue (Exner, Archiv de Pfüger, XIII, p. 228 ; Von Kries & Auerbach, Archiv, 1877, p. 329 ; Auerbach, Annalen, VI, 1879, p. 591). A propos des impressions lumineuses, l'intensité et la propagation de l'irritation influent sur le temps de sa perception. Ce temps paraît décroître en proportion arithmétique, quand les énergies lumineuses croissent en proportion géométrique ; et la même relation semble exister entre l'étendue de la surface rétinienne irritée et la durée de l'irritation nécessaire à la perception (Exner, Sitzungsb. d. Wiener Ak. Math. - Naturw. Cl., t. LVIII, p. 596). Nous devons faire abstraction, que chaque impression isolée a la durée nécessaire ; mais, pour opérer l'aperception d'une série d'impressions, la séparation de chaque impression par des intervalles de temps suffisamment grands est indispensable. Avec la sens visuel, ce temps intermédiaire a la plus grande longueur ; et la plus courte, avec le sens auditif. Ainsi, d'après Mach (Sitzungsb. d. Wien. Ak. Math. - Nat. Cl., t. LI, p. 142), l'intervalle de temps d'impressions justement discernables est pour l'oeil de 0.0470 s., pour la peau (du doigt) de 0.0277 s., pour l'oreille de 0.0160 s. (...)

(page 305) Si nous jetons un coup d'oeil rétrospectif sur le cercle tout entier des phénomènes, découverts au sujet de l'entrée et du cours des représentations, les deux faits suivants se dégageront, surtout, de cet examen : 1 L'attention a, constamment, besoin d'un certain temps d'adaptation, pour élever les impressions au point de regard de la conscience ; 2 Cette sorte d'adaptation, qui se manifeste, quand les irritants sensoriels sont préalablement connus sous le rapport de quelques-uns de leurs éléments, peut-être préparatoire. C'est pourquoi, le temps entre la perception et l'aperception est plus ou moins raccourci, ou bien il peut être négatif, pourvu que les impressions soient déterminées, sous le rapport de leur entrée dans le temps. Si les conditions sont telles, qu'il se produise simultanément avec l'aperception de l'impression une excitation de la volonté, il faudra de nouveau distinguer deux cas : 1 Le mode de mouvement volontaire peut être auparavant donné et devenu habituel, ou bien 2 il peut être laissé indéterminé, puisqu'on le fait dépendre de la composition variable de l'irritant à percevoir. Dans le premier cas, un temps particulier de la volonté n'existe pas généralement : le développement de l'impulsion de la volonté coïncide, ici, complètement avec l'aperception. Dès que l'aperception est achevée, l'impression est enregistrée simultanément ou, du moins, après un temps intermédiaire, infiniment court. Ce fait n'est expliqué, que par l'hypothèse suivante : la tension préparatoire de l'attention consiste en un processus d'innervation, qui est simultané avec l'énergie croissante de la volonté. Nous supposerons donc, que la base physiologique fondamentale du processus de l'aperception est l'accroissement d'une innervation volontaire, qui est parfaitement et simultanément prête à se répandre sur un domaine sensoriel central déterminé et à régir une conduction motrice déterminée. Par conséquent, lorsqu'on livre à ces observations, le sentiment subjectif de l'attention varie dans deux conditions : il se modifie avec la qualité et l'énergie de l'impression attendue, et avec la forme du mouvement projeté ou voulu. Or, l'une ou l'autre de ces deux conditions peuvent être laissées plus ou moins indéterminées. Si le genre de l'impression extérieure est complètement inconnu, la tension motrice acquiert la mesure suffisante de l'énergie préparatoire, mais l'écoulement de l'innervation motrice se partage entre divers domaines sensoriels. Il se produit ainsi un sentiment d'inquiétude, très différent de cette tension sûre, certaine, qui précède l'observation d'une impression attendue. Ici la durée d'aperception est augmentée, mais toujours le temps de la volonté coïncide avec elle. l'aperception est moins gênée, si toutefois la qualité de l'irritation est connue. Maintenant, l'innervation préparatoire a sa voie propre toute tracée ; seulement, l'énergie, qu'elle doit atteindre dans sa ramification sensorielle, est laissée indéterminée. Une division analogue de l'attention apparaît, comme lorsque le choix est libre entre divers sens, si, avant l'observation, le mouvement à exécuter reste indéterminé. Ici, la tension préparatoire varie entre les domaines moteurs, parmi lesquels le choix doit avoir lieu ; il se manifeste, comme précédemment, un sentiment analogue d'inquiétude ; mais, ce sentiment présente à son tour, par sa composition subjective, une différence caractéristique. Or, après que la partie sensorielle de l'aperception est achevée, la partie motrice doit acquérir son énergie suffisante.

Ces considérations nous amènent donc à la conclusion suivante : l'aperception et la réaction de la volonté contre l'aperception représentent essentiellement un processus connexe, cohérent. Si le mouvement volontaire est en relation fixe avec l'impression sensorielle attendue, le processus est, d'après son parcours dans le temps, un processus unique. S'il n'en est plus ainsi, si, après l'accomplissement de la perception, encore un certain choix doit se produire, le processus tout entier se décompose en deux actes ; et, au fond, ces deux actes ne sont que des formes différentes de l'aperception. Or, ce choix entre divers mouvements consiste seulement, en ce que le mode de mouvement, correspondant à l'impression sensorielle, est aperçu. Auparavant unique, le processus de l'aperception se sépare en deux autres processus. Chacun de ces derniers émane d'une excitation centrale de la volonté : mais, pour le premier processus, cette excitation de la volonté est dirigée vers les domaines sensoriels centraux, et pour le second, vers les conductions motrices centrifuges.

Tout autres sont les conditions de l'aperception, lorsque celle-ci n'est pas liée à une réaction de la volonté, mais est, comme dans les expériences dernièrement mentionnées, examinée au sujet du rapport, qu'affectent entre elles les aperceptions des impressions hétérogènes. Dans les phénomènes de retard de temps, qui se manifestent à cette occasion, la répétition régulière de l'irritant introduit joue un rôle essentiel.. Par ce moyen, généralement l'aperception est non seulement préparée, mais même l'impression est immédiatement reproduite, dès que l'intervalle régulier s'est écoulé. Cette circonstance nous fait généralement comprendre la réalité du retard de temps négatif. Dès qu'un intervalle, pas trop long, existe entre l'instant, où l'image de souvenir est d'une vérité frappante, et celui où l'impression se produit réellement, tous deux se confondent ; et alors, le moment, où l'image de souvenir est devenue saisissante, est pris pour le moment de l'impression. Il est facile de se convaincre de se convaincre de la justesse de cette explication, si on se livre aux expériences, décrites (p. 268) et concernant les sons, avec un signal antérieur. Nous avons vu, qu'ici l'aperception et l'impulsion de la volonté doivent, parfois, précéder l'impression, puisque celle-ci peut être enregistrée presque simultanément. Si, dans une série d'expériences, où l'on fait le plus rapidement possible l'enregistrement, on intercale une seule expérience, où l'impression réelle ne succède pas au signal, il arrive très fréquemment, que la réaction s'opère cependant contre l'impression, quoique l'observateur sache au moment du mouvement, que l'impression n'a pas eu lieu. L'on est donc, ici, directement surpris de réagir à la vérité non contre l'impression réelle, mais contre l'image de souvenir, dont le temps nous est connu par des expériences antérieures. La même chose se produit absolument dans nos observations, concernant l'interpolation d'impressions sonores, successives, dans une série de représentations visuelles. Ces observations se distinguent sous un rapport : c'est que, dans certains cas, surtout si le mouvement des séries de représentations est lent, le retard de temps négatif est susceptible d'atteindre des grandeurs beaucoup plus importantes. Ceci est expliqué par les conditions de l'expérience, qui sont toujours essentiellement différentes. De nombreux témoignages attestent, que les liaisons exercées de certains mouvements volontaires avec des perceptions sensorielles deviennent extraordinairement fixes ; de sorte que, comme nous l'avons vu, l'aperception et l'excitation extérieure de la volonté sont, en pareil cas, un seul et unique processus. Il en est tout autrement, quand une impression sensorielle est intercalée dans une série de représentations disparates. Ici, l'impression peut, dans certaines limites, être combinée avec chacune de ces représentations, de sorte que la liaison dépend encore uniquement de l'accroissement de tension de l'attention. Or, d'après les renseignements fournis par les expériences, cet accroissement de tension est déterminé par la vitesse, avec laquelle les impressions se succèdent. Lorsque les impressions ont une certaine vitesse, l'adaptation de l'attention peut justement s'achever, en se portant d'un son vers un autre son : ici, par conséquent, le retard de temps est, en moyenne, nul, ou bien, il oscille entre des valeurs positives et négatives d'une grandeur approximativement égale. Quand la vitesse est plus considérable, l'adaptation n'est pas encore achevée ; mais celle-ci l'est, en moyenne, beaucoup plus tôt, si la vitesse est plus petite. Évidemment alors, la vitesse d'adaptation n'est pas toujours la même ; elle est plus grande, si les impressions se succèdent plus rapidement, et plus petite, si elles se succèdent plus lentement. C'est pourquoi, la valeur absolue du retard du temps est d'autant plus grande, que les représentations se déroulent avec une vitesse moindre. Si, grâce à la rapidité de la succession, une grande vitesse de l'adaptation de l'attention est activée, elle devient en même temps plus incertaine ; par conséquent, avec la diminution ou décroissance du retard moyen de temps, augmentent les écarts qui se produisent entre les diverses observations. Enfin, les mêmes conditions expliquent l'influence de la modification de vitesse, influence qui se manifeste dans nos expériences. Il sera d'autant plus difficile à l'attention, de combiner le son additionnel avec une position déterminée de l'aiguille, que celle-ci se meut avec une vitesse plus considérable. Toutes les fois que la vitesse des représentations visuelles est uniforme, nous sommes donc enclins à combiner le son avec une des représentations lentes. Il arrive ainsi, que le retard de temps est plus facilement négatif, quand la vitesse augmente, et positif, quand elle diminue.